Allocution du Chef du Gouvernement à l'occasion de la 75 ème Assemblée Générale de l' ONU

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Bismillah Arrahman Arrahim 

Majestés, Excellences
Monsieur le président de l’Assemblée Générale
Monsieur le secrétaire général de l’ONU 
Mesdames et Messieurs 

Il m’est agréable de présenter mes félicitations à son excellence Volkan Bozkir pour son élection en tant que président de la 75-eme session de l’Assemblée Générale, lui souhaitant plein succès dans cette mission, de manière à donner un élan fort à notre action commune. 
Je voudrais également exprimer la profonde considération du Royaume du Maroc pour son excellence M. Tijani Mohamed Bande, pour les efforts qu’il a déployés afin que la 74-eme session puisse se tenir dans les conditions difficiles imposées par la pandémie du Covid-19. 
Je saisis également cette occasion pour exprimer à son excellence le Secrétaire général M. Antonio Guterres, notre pleine considération pour le rôle qu’il accomplit dans cette conjoncture et notre soutien aux initiatives distinguées qu’il entreprend dans la lutte contre ce fléau, particulièrement son appel pour « un cessez-le-feu immédiat dans toutes les régions du monde », ainsi que son initiative relative au « Plan de réponse humanitaire mondiale ». 

Monsieur le président, 
La tenue de l’actuelle session de l’Assemblée Générale revêt une grande importance, puisqu’elle survient dans un contexte marquée par une pandémie létale, à la propagation rapide et aux multiples impacts au niveau mondial, qui a pris en otage la capacité et la résilience des sociétés et des institutions, et mis le monde face à des défis imprévus. 
Cette pandémie a levé le voile sur trois crises majeures et interdépendantes, qui menacent nos sociétés depuis le début de ce siècle :

  •  La première concerne la dégradation environnementale non maitrisée ;
  • La seconde a trait à l’aggravation des écarts économiques et sociaux et l’élargissement de la pauvreté 
  • Et la troisième se rapporte aux dysfonctionnements institutionnels face à la pandémie, la coopération internationale ayant montré des faiblesses au niveau de son efficience et des limites au niveau de la coordination. 

Monsieur le président,
Les manifestations dangereuses de ces crises, et la nécessité de leur trouver des solutions urgentes, ne sont pas apparues du fait de l’épidémie du Covid-19, mais jetaient déjà un voile sur nos sociétés dès le début du troisième millénaire. Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, avait déjà lancé lors du sommet mondial sur le développement durable en 2002, un appel pour une solidarité mondiale renouvelée, s’interrogeant si « Les différentes secousses et les violentes crises que le monde a connues ne constituent-elles pas de puissants arguments pour convaincre les plus sceptiques que la réalisation d'un développement durable est l'affaire de tous, et que c'est une responsabilité partagée ? »
Aujourd’hui, neuf années nous séparent du rendez-vous de la réalisation des objectifs du développement durable, et les options que nous prendrons maintenant détermineront le succès ou l’échec de cet agenda. 
Notre engagement et d’autant plus d’actualité dans ce contexte de pandémie, puisqu’il concerne en premier lieu les catégories les plus vulnérables, particulièrement en Afrique. 
La pandémie du Covid a mis à nu les écarts accumulés depuis des décennies. Si nous avions avancé de manière suffisante dans la réalisation des objectifs du développement durable, l’impact de cette pandémie aurait été moins intense aujourd’hui. 
Le Maroc relève, à l’instar de plusieurs pays, que les faiblesses qui se sont aggravées du fait du Covid-19, constituent une motivation réelle pour redoubler d’efforts et reconsidérer les plans visant la réalisation du développement, afin que les efforts déployés de par le passé, ne puissent être vains. Cela a incité le Royaume du Maroc, sous la conduite de SM Le Roi Mohammed VI, à insérer cette vision dans l’élaboration d’un plan de développement intégré nouveau. 

Monsieur le Président, 
Il y a soixante-quinze ans, les fondateurs de notre organisation ont jeté les bases d’un nouvel ordre mondial, basé sur la coopération et la solidarité pour mettre un terme aux guerres, éviter leurs tragédies et aménager les conditions à même de réaliser le développement et la prospérité. 
La profonde conviction quant à la noblesse de ces valeurs, a été à la base de l’une des premières décisions souveraines du Royaume du Maroc après son indépendance, celle de rejoindre les Nations-Unies en 1956. 
Il est clair aujourd’hui que cette vision n’est guère dépassée. Si les Nations-Unies ont pu réaliser des acquis pour l’humanité, notre responsabilité demeure grande pour concrétiser les valeurs fondatrices face aux menaces mondiales critiques. 
Il est plus que jamais temps, d’entreprendre une réforme qui permette au système des Nations Unies d’être mieux adapté aux évolutions internationales effrénées et d’avoir une meilleure capacité de réponse rapide aux crises, à l’instar de celle du Covid-19. Le temps n’est plus à la simple profession de foi, mais à l’action basée sur la connaissance et orientée vers les résultats. 
Quoiqu’il en soit, la flamme de l’action multilatérale demeure vivace, comme en attestent les initiatives concrètes qui ont accompagné cette crise critique.   L’édification d’un système multilatéral n’est point un luxe, mais une nécessité afin d’assurer la continuité de la coopération internationale devant encadrer le monde de l’après Covid-19 et faire face aux multiples menaces, actuelles et futures. 
Dance ce cadre, l’instauration du régime de la sécurité sanitaire internationale est devenu un objectif qui s’impose, comme l’a souligné son excellence le Secrétaire général, quand il a affirmé que « le Covid-19 a mis à jour les fissures de l’ossature frêle de nos sociétés, celle-là même que nous avons érigée de nos propres mains ». 
La pandémie a démontré l’ampleur des dommages que les nouvelles maladies peuvent porter aux systèmes de santé nationaux.   Elle a également souligné l’importance de la préparation adéquate aux états d’urgence, sur la base d’une démarche globale qui réunit toutes les forces vives et l’ensemble des catégories de la société. 
La riposte du Maroc à la pandémie s’est appuyée la Haute Vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui se fonde sur les principes de la proactivité, de la prévention, et de la primauté de la santé des citoyens, ce qui a permis de mobiliser toutes les institutions et l’ensemble des catégories de la société pour faire face à l’urgence sanitaire. 
L’appui du Maroc aux initiatives du Secrétaire général dans la lutte contre la pandémie du Covid-19, ainsi qu’aux résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale y afférentes, se fonde sur sa conviction en la capacité de l’ONU à coordonner et catalyser toutes les formes de coopération internationale pour riposter à cette crise globale. 
Partant, le Royaume du Maroc, en sa qualité de président du Segment humanitaire du Conseil Economique et Social, a lancé un Appel à l’action pour appuyer la réponse humanitaire à la COVID-19, auquel ont adhéré 171 pays de tous les groupes régionaux, de même que l’Union Africaine et l’Union Européenne. Il s’agit d’un Appel inspiré des valeurs et des principes humanistes de la diplomatie marocaine dans le cadre de la Haute Vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. 
L’urgence consiste aujourd’hui, à notre sens, à trouver un vaccin et des traitements contre le Covid-19, de manière juste et équitable, ce qui est l’expression la plus réaliste d’un système de santé mondial solidaire et humaniste, davantage encore, un véritable test pour la signification et les dimensions de la coopération mondiale. 
Nous nous devons également de jeter des bases nouvelles et souples de résilience à travers une réforme du Règlement Sanitaire International, et adopter des mécanismes de financement pérennes. 
Dans cet esprit, le Maroc organisera avec le Rwanda, l’Organisation Mondiale de la Santé, et la Banque Mondiale la première Réunion de Haut Niveau sur la Diplomatie pour la Sécurité Sanitaire et la Préparation aux Urgences, l’année prochaine à Marrakech.
C’est également à ce titre que le Maroc s’est joint à l’initiative portée par le Chili en vue de l’adoption d’un nouvel instrument juridique flexible à même de permettre une préparation efficace aux urgences sanitaires internationales.

Monsieur le président, 
Au moment où la pandémie a révélé des vulnérabilités différenciées, tant au sein des sociétés qu’entre les pays et les continents, elle a aussi mis en lumière la vacuité de nombreuses idées reçues, dont certaines associent la fatalité de la faiblesse et du sous-développement à des régions particulières. Ainsi, les prévisions pessimistes que certains ont voulu coller à l’Afrique n’ont pas résisté à l’examen, le continent ayant su relever a su relever le défi par lui-même, fort de la résilience de ses populations, de la créativité de sa jeunesse et du leadership de ses gouvernements. 
Dans la droite lignée de l’esprit de solidarité qui anime la politique de coopération sud-sud envers les pays africains, SM le Roi Mohammed VI a lancé une initiative concrète et orientée vers l’action pour la mise en place d’un cadre opérationnel pour accompagner les Etats africains dans les différentes phases de la gestion de la pandémie. 
Dans le cadre de cette initiative, le Maroc a établi un pont aérien avec vingt pays africains pour le transport d’aides en médicaments et équipement médicaux essentiels, fabriqués par des sociétés marocaines.
Cependant, l’urgence imposée par la pandémie et ses répercussions sociales et économiques, ne doit pas nous faire oublier les défis multidimensionnels et complexes auxquels l’Afrique reste confrontée. 
La question de la dette en est un. A cet égard, le Maroc lance un appel aux institutions financières internationales et aux partenaires pour adopter et mettre en œuvre des approches concrètes pour réduire le niveau d’endettement des pays africains, pour leur permettre de limiter les effets de la pandémie sur leur développement.
La relance de l’économie mondiale s’impose à la communauté internationale comme une priorité urgente. De même, les conséquences de la pandémie exigent de nouvelles approches pour le financement du développement.


Monsieur le président, 
Si la pandémie a éclipsé des questions vitales inscrites à l’agenda des Nations Unies, ceci ne doit pas occulter les autres enjeux majeurs auxquels nous faisons face, à la tête desquels les changements climatiques, la lutte contre le terrorisme, la gouvernance des migrations, et le maintien de la paix. 
A cet égard, nous ne pouvons que saluer les efforts des Nations Unies et des pays contributeurs de troupes aux Opérations de Maintien de la Paix pour s’adapter à la COVID-19 et permettre aux 100.000 soldats de la paix déployés aujourd’hui dans le monde entier de poursuivre leurs missions dans les zones de conflit.
Convaincu de l’importance de réformer le maintien de la paix face à la complexité des conflits contemporains, le Maroc demeure engagé en faveur de la réalisation des objectifs de l’Initiative Action pour le Maintien de la Paix. 
C’est dans ce cadre que le Maroc organisera avec la France, et en coopération avec les Nations Unies, la deuxième Conférence ministérielle sur le Maintien de la paix en environnement francophone. 

Monsieur le Président, 
Le Royaume du Maroc demeure attaché aux principes consacrés par la charte des Nations Unies, relatifs au règlement pacifique des différends et au respect de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale des Etats. C’est dans cet esprit que le Maroc demeure engagé pour parvenir à une solution définitive au différend régional sur le Sahara marocain, dans le cadre de son intégrité territoriale et de sa souveraineté nationale. 
La position du Maroc ne souffre d’aucune ambiguïté. La recherche d’une solution politique définitive ne saurait aboutir que si elle s’inscrit dans le cadre des quatre paramètres fondamentaux que sont :

  • La pleine souveraineté du Maroc sur son Sahara et l’Initiative d’Autonomie comme seule et unique solution à ce différend artificiel ; 
  • La participation pleine et entière de toutes les parties à la recherche d’une solution définitive à ce différend artificiel ; 
  • Le plein respect des principes et fondamentaux consacrés dans toutes les résolutions du Conseil de Sécurité depuis 2007, notamment que la solution ne peut être que politique, réaliste, pragmatique, durable, et reposant sur le compromis ;
  • Le refus de toute proposition obsolète dont l’inapplicabilité et la caducité ont été confirmées par le Secrétaire général de l’ONU et le Conseil de Sécurité depuis plus de deux décennies et tendant à écarter le processus politique actuel des paramètres référentiels retenus par le Conseil de Sécurité.

Le processus politique exclusivement onusien a connu un nouvel élan grâce à la tenue de deux Tables rondes à Genève en décembre 2018 et en mars 2019, réunissant pour la première fois l’ensemble des parties. Il est particulièrement encourageant que le Conseil de Sécurité ait consacré ce processus comme la seule et unique voie pour parvenir à une solution politique réaliste, pragmatique, durable et basée sur le compromis à ce différend régional.
Le Royaume du Maroc exprime une nouvelle fois sa profonde préoccupation face à la situation humanitaire douloureuse que vivent les populations des camps de Tindouf, dont l’Etat hôte a dévolu la gestion à un groupe armé séparatiste, au mépris de ses obligations internationales sous la Convention sur le Statut des Réfugiés de 1951 et les autres conventions internationales sur les droits de l’Homme et le droit humanitaire. 
Dans le contexte de la pandémie du COVID-19, les motifs de cette préoccupation s’exacerbent, quant au sort de ces populations séquestrées dans des camps, dont la gestion a été déléguée à un groupe armé qui n’a aucune qualité en droit international.
Il est temps pour la communauté internationale agisse fermement afin d’amener le pays-hôte à permettre le recensement et l’enregistrement de ces populations par le Haut-Commissariat aux Réfugiés, conformément au droit international humanitaire et aux demandes pressantes exprimées par le Conseil de Sécurité dans toutes résolutions depuis 2011. Cet enregistrement est indispensable pour mettre fin au détournement continu, depuis plus de quarante ans, de l’aide humanitaire destinée aux populations séquestrées dans les camps de Tindouf. 

Monsieur le président, 
La sécurité du Royaume du Maroc est inséparable de la sécurité de la Libye ; pays frère avec lequel nous partageons une histoire commune et un destin uni. 
Neuf ans après le déclenchement de la crise en Libye, la situation sécuritaire et humanitaire ne cesse de s’y détériorer, à la faveur d’ingérences étrangères, y compris militaires.
La solution à la crise libyenne ne peut qu’être politique et ne peut que venir des Libyens eux-mêmes, loin des ingérences et des agendas extérieurs, comme cela a été démontré par la réunion de Skhirate, accompagnée par la communauté internationale. 
Partant de cette conviction, le Maroc demeure engagé à offrir une plateforme neutre de dialogue aux parties libyennes. Le Maroc a ainsi accueilli au cours de la deuxième semaine du mois de septembre à Bouznika des réunions entre le Haut Conseil d’Etat et le Parlement de Tobrouk, qui ont permis d’atteindre un accord global sur les critères et les mécanismes transparents et objectifs pour la nomination aux postes de souveraineté, en vue de leur unification. 

Monsieur le président, 
L’échec du règlement de la Question palestinienne et de la relance du processus de paix au Moyen-Orient constitue un motif de profonde préoccupation pour le Royaume du Maroc. 
Il ne saurait y avoir de paix juste et durable sans que le peuple palestinien puisse exercer son droit légitime à mettre en place un Etat palestinien, indépendant et viable, avec Al Qods-Acharif comme capitale.
Le Maroc rejette catégoriquement toutes les mesures unilatérales des autorités israéliennes dans les territoires palestiniens occupés, que ce soit en Cisjordanie ou à Al Qods-Acharif. De telles mesures, ne manqueront pas d’exacerber les tensions et l’instabilité dans la région. 
Sa Majesté le Roi Mohammed VI, en sa qualité de Président du Comité Al Qods de l’Organisation de la Conférence Islamique, n’a eu de cesse d’attirer l’attention de la communauté internationale sur la nécessité de préserver la ville d’Al Qods-Acharif, comme patrimoine commun de l’humanité, symbole de la coexistence pacifique des trois religions monothéistes et foyer des valeurs de respect mutuel et de dialogue. Cette volonté est au cœur de l’Appel d’Al Qods que le Souverain a signé conjointement avec Sa Sainteté le Pape, le 30 mars 2019 à Rabat.
Je tiens à ce propos à réitérer l’expression des sincères condoléances du Royaume, sa profonde sympathie et sa solidarité infaillible avec le Liban frère, suite au grave incident de l’explosion dans le port de Beyrouth, et son bilan humain et matériel douloureux. Dans le cadre de la solidarité agissante, le Royaume a apporté, sur Hautes Instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, une aide médicale et humanitaire au Peuple libanais, dans l’espoir que cette initiative solidaire puisse alléger la lourde souffrance des populations touchées par cet incident tragique.

Monsieur le Président, 
Nous nous devons de faire de la pandémie du COVID-19 une opportunité pour rebâtir le multilatéralisme sur des bases plus saines et plus efficientes. Il nous faut :

  • Etablir un bilan exhaustif des défaillances du système multilatéral et ses institutions face à la crise, mais aussi de ses réalisations, pour construire une base de bonnes pratiques pour l’avenir ;
  • Recentrer l’action multilatérale sur les principes de la solidarité, de la coopération, et de la responsabilité ;
  • Mettre de côté les rivalités et passer à l’action à travers des initiatives multilatérales concrètes et pragmatiques. 

Le Maroc, dont l’attachement au multilatéralisme n’a jamais failli, est engagé à travailler de concert avec les Etats qui partagent les mêmes idéaux pour l’avènement d’un ordre mondial plus juste, plus harmonieux et plus ouvert. 
C’est cet engagement qu’a exprimé Sa Majesté le Roi lors du Sommet du Millénaire de l’ONU, lorsque Sa Majesté avait déclaré que « Nous avons le devoir de prendre l’engagement solennel d’entrer dans le nouveau millénaire en traçant une nouvelle frontière à l’humanité, faite de performance dans la justice et de compassion dans la solidarité ». 

Wa assalamu alaykoum wa rahmat Allah wa barakatouh. 
 

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