Allocution du Chef du Gouvernement à l'occasion de l’ouverture du 7ème Sommet des Chefs d’Etat des pays membres du G5 Sahel

1_8.jpeg

Monsieur le Président de la Mauritanie,
Monsieur le Président du Tchad, 
Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement, 
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Excellences, Mesdames et Messieurs,

Sa Majesté le Roi Mohammed VI – Que Dieu L’assiste – a tenu à répondre favorablement à l’invitation qui Lui a été adressée par Son Excellence Monsieur Mohamed Cheikh Ould EL-GHAZOUANI, Président de la République Islamique de Mauritanie, conjointement avec Son Excellence Monsieur Idriss DEBY ITNO, Président de la République du Tchad et Président en exercice du G5 Sahel.
La délégation désignée à cet effet par Sa Majesté le Roi, est honorée de la charge de Le représenter à ce 7ème Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement du G5-Sahel, et de vous transmettre Ses salutations fraternelles.
Au nom du Royaume du Maroc, je tiens à saluer la Mauritanie pour sa présidence réussie du G5-Sahel, alors même que 2020 – année de la Covid-19 – a été d’une rudesse inédite. Je souhaite, aussi, féliciter le Tchad pour son accession à la présidence du G5 Sahel. 
Ce 7ème sommet du G5 est le premier qui soit formellement ouvert aux partenaires. Mais ce n’est pas le premier sommet auquel le Maroc prend part. J’en ressens le privilège et la responsabilité de la proximité entre mon pays et les vôtres.
Comme l’a souligné Sa Majesté le Roi en 2014 [je cite] : « Il se berce d’illusion celui qui s’imagine qu’un Etat peut, à lui seul, venir à bout des problèmes liés à la sécurité́ et à la stabilité. Car, en effet, l’expérience à démontré que les approches exclusives sont inopérantes pour faire face aux dangers sécuritaires qui guettent la région, surtout au regard des défis que connaît l’espace sahélo – saharien en matière de sécurité et de développement » (Discours devant le Parlement tunisien en mai 2014).
C’est pour cela que nous ne sommes pas et nous n’avons jamais été spectateurs de ce qui se passe au Sahel. Comme vous, nous ne nous le permettons pas. Nous sommes solidaires de nos amis, les pays de la région, pour contrer cette menace qui nous touche directement.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Le Sommet qui nous réunit aujourd’hui intervient sept ans – jour pour jour – après la création du G5 Sahel. Sept ans durant lesquels le G5 n’a cessé de démontrer sa pertinence, et qui a permis :

  • D’incarner l’appropriation-même, en faisant des défis de chacun les défis de tous, et en organisant la riposte pour les contrer ; 
  • De construire une cohérence stratégique autour d’objectifs opérationnels communs, et de réaliser par la même des victoires tactiques importantes ;
  • De transcender ses propres limites géographiques, par des alliances et des synergies internationales nouvelles.

Pour autant, nous nous réunissons encore pour redire toute notre détermination à vaincre l’ennemi qui – regardons la réalité en face – n’est pas encore hors d’état de nuire. Ceci se manifeste notamment dans un certain nombre de faits :

  • Bien que 2020 ait connu moins d’attaques que 2019, elle a aussi connu quelques-unes des pires attaques jamais enregistrées ;
  • Dans certains pays, le nombre des victimes a été multiplié par 5 ;
  • Plus de 3,5 millions de personnes sont aujourd’hui réfugiées et déplacées internes ;
  • L’ "Etat Islamique", qui est moribond ailleurs, continue de sévir au Sahel, où 41% des attaques entre 2019 et 2020 lui sont imputables. 
  • Au moment où le G5 réussit à étrangler la franchise terroriste dans son espace d’intervention, les groupes armés cherchent à s’implanter dans des zones jusque-là épargnées et avancent jusqu’au Golfe de Guinée.
  • La frontière entre terrorisme, séparatisme et criminalité transnationales organisées se fait encore plus ténue. Les interconnexions sont lucratives, et donc grandissantes. Le butin se chiffre en centaines de millions de dollars. 


Excellences, Mesdames et Messieurs,


Dès 2014, Sa Majesté le Roi appelait à [je cite] : « une riposte collective contre les organisations terroristes, qui trouvent un allié dans les bandes séparatistes et les hordes pratiquant la traite des humains et le trafic d'armes et de narcotiques, en raison de l'imbrication de leurs intérêts respectifs » (Discours du Trône de 2014). 
La riposte immédiate contre le terrorisme est d’abord sécuritaire. Les groupes terroristes armés ne comprennent que le langage de la fermeté. 
C’est pourquoi l’engagement militaire des partenaires du G5 sahel doit se poursuivre et se renforcer. 
Et le Maroc continuera à apporter son soutien à la mise en place du Collège de Défense du G5 Sahel à Nouakchott, et à former les officiers originaires des pays frères du Sahel dans ses instituts de formation militaire.
Cependant, la victoire durable sera sur le terrain du développement humain, ou ne le sera pas. Se tairont les armes, et se poursuivra la lutte contre le terrorisme, sur les terrains politique, économique, social, intellectuel et humain. C’est ce qui anime la vision à long-terme de Sa Majesté le Roi, qui tient à ce que l’action solidaire du Maroc se prolonge au-delà de l’urgence. Ce sont cette expérience et cette expertise que le Royaume se propose de partager avec ses pays frères du Sahel, par des actions concrètes.
La lutte contre le terrorisme est également un combat sur le terrain des idées. Sa Majesté le Roi, Amir Al Mouminine, veille à ce que le Maroc continue à former des Imams issus de la région au sein de l’Institut Mohammed VI de Formation Des Imams Mourchidines Et Mourchidates. 937 inscrits des pays de la CEDEAO ont pris part aux cycles de formation au titre de l’année 2018-2019. Plusieurs centaines exercent déjà dans leurs pays d’origine, contribuant ainsi à contrer l’extrémisme religieux.
Par ailleurs, nous ne pouvons aujourd’hui tendre vers des réponses efficaces et multidimensionnelles au Sahel, sans prendre en charge la question de la désertification et du changement climatique. Plus de 12 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire, et l’impact sur l’agriculture est évalué à plus de 2 milliards de dollars par an d'ici 2030. Dans ce sens, le Maroc renforcera son engagement dans la Commission Climat pour la région du Sahel, créée à l’occasion du Sommet Africain pour l’Action Climat, tenue sous la présidence effective de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, en 2016.
Enfin, ces défis multidimensionnels nous font mesurer l’importance non seulement de garantir un financement pérenne au G5, mais aussi de l’augmenter. Les promesses faites lors de la Conférence de coordination des partenaires et des donateurs pour le G5 Sahel, tenue en décembre 201, à Nouakchott, doivent être tenues. Un effort financier supplémentaire de la communauté internationale est nécessaire, d’autant plus que la pandémie du COVID-19 a gravement affecté les économies de tous les pays du G5 Sahel, avec une contraction de leurs PIB de l’ordre de 8 à 10%.

Excellences, Mesdames et Messieurs,


Comme l’a rappelé Sa Majesté le Roi, devant le 28ème Sommet de l’Union Africaine, le Maroc a été « toujours présent, lorsqu'il s'est agi de défendre la stabilité du continent ».  
Par sa participation aujourd’hui, le Royaume du Maroc, fort de ses liens ancestraux avec les pays du Sahel et fidèle à sa vocation d’acteur engagé pour la promotion de la paix et de la stabilité en Afrique, réaffirme ici, devant vous, son engagement solidaire des pays du G5 Sahel et des autres pays de la sous-région pour contrer, ensemble, les menaces qui pèsent sur leur devenir et sur celui de toute la région.

Je vous remercie.
 

Lettre d'informations